Gouverneurs de la rosée, Jacques ROUMAIN

€8.50

Gouverneurs de la rosée
Jacques Roumain

 

Présentation de l'éditeur

« Tout le monde a été touché par les amours de Manuel et d’Annaïse. Aux citadins haïtiens et aux lecteurs étrangers, le roman a révélé la vie paysanne, qu’ils ignoraient autant les uns que les autres. Les évocations du paysage haïtien ont enchanté ; la vieille Délira a éveillé la compassion ; les ronchonnements de Bienaimé ont amusé ; les trouvailles linguistiques de Roumain ont suscité l’admiration. On pourrait presque dire que la critique a été unanime, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, à élever Gouverneurs de la rosée au rang de chef-d’œuvre. » Léon-François Hoffmann

Ce volume contient également : Jacques Roumain vivant par Jacques Stéphen Alexis

 

Editions Zulma, 2013
11,5 x 17,5 cm, 224 pages
ISBN : 978-2-84304-663-6
8,50 € 

 

A propos de Gouverneurs de la rosée, lisez la chronique de Marie-Denise Grangenois
(12 septembre 2014)

Années 1970, Antilles-Guyane : les militants qui luttent pour l’émancipation des anciennes colonies françaises s’approprient avec enthousiasme le roman de Jacques Roumain Gouverneurs de la rosée paru en décembre 1944, dans son édition port-au-princienne, quelques mois après la mort de l’auteur.

Ce récit poétique est offert à la lecture de jeunes adolescents par des enseignants engagés qui y voient un plaidoyer révolutionnaire pour un changement politique dans ces espaces caribéens estampillés départements français. À la même époque, l’œuvre de Jacques Roumain est confrontée en Haïti à une certaine critique qui dénonce un texte conformiste, rédigé par un bourgeois aux allures communistes.

En effet, Roumain a cofondé en 1934 le premier parti communiste haïtien. Il faut lire en ce sens l’analyse de Jean-Claude Fignolé parue en 1974 :« Gouverneurs de la rosée, malgré les apparences, serait un honnête roman bourgeois […]. La bourgeoisie haïtienne, elle, ne s’est jamais fait d’illusion sur le roman. Elle l’a toujours lu et apprécié pour ce qu’il est : une œuvre qui, par son contenu idéologique, répond à des objectifs et à des “formes d’action” à caractère bourgeois1. »

Aujourd’hui encore l’épopée de Manuel et d’Annaïse interpelle ; pour exemple Yannick Lahens ou Garry Victor, écrivains Haïtiens, cherchent à comprendre pourquoi les deux héros de Roumain ne représentent aucun profil paysan ayant existé ou existant en Haïti. « Où Roumain a-t-il été chercher ces personnages qui n’existent nulle part dans la paysannerie haïtienne ? », s’exclame Yannick Lahens lors d’une conférence donnée en Martinique en 2013.

On peut s’interroger. Dans ce récit Roumain a-t-il voulu mettre en mots une utopie politique et moraleou exprimait-il une impossibilité à transformer les conditions de vie en Haïti à l’époque ?

Que nous raconte Gouverneurs de la rosée ?

Manuel, jeune ouvrier haïtien, revient d’un long séjour à Cuba ; là-bas il a connu les luttes paysannes et ouvrières. Fond-Rouge, son village, est devenu un lieu de douleur et de misère. Les habitants ont baissé les bras face à une sécheresse qui s’est installée depuis des mois. La haine, la jalousie, la peur de l’autre ont fait disparaître tout espoir de renouveau. Manuel fait le serment de ramener l’eau car, dit-il, « il y a les affaires du ciel et il y a les affaires de la terre, […] la terre c’est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos […] C’est traître la résignation […]. On attend […] la Providence […]. On prie mais la providence […], c’est le propre vouloir du nègre de ne pas accepter le malheur, de dompter chaque jour la mauvaise volonté de la terre » ; dans son combat pour l’eau, Manuel rencontrera l’amour solidaire et fidèle d’Annaïse mais aussi la mort.

Le texte de Jacques Roumain donne à voir un travail d’orfèvre sur la langue. Roumain ose la cohabitation du créole, de l’interlecte et du français classique, ainsi pissé qui gaillé pas cumin (le pissat dispersé n’écume pas), C’est icitte que je reste (j’habite ici) s’intègrent harmonieusement dans le texte.

Gageons que les écrivains de la créolité et la nouvelle génération qui travaillent sur les imaginaires dans la Caraïbe ont certainement encore à chercher dans ce roman des voies pour restituer au lecteur cette manière singulière de penser et de dire le monde.

1 FIGNOLE Jean Claude, Sur Gouverneurs de la rosée : hypothèses de travail dans une perspective spiraliste, Port-au-Prince, Éditions Fardin, 1974.

Produits connexes