Les Chants incomplets, Miguel DUPLAN

€18.00

Les Chants incomplets
Miguel Duplan

 

Présentation de l'éditeur

Sous les luxuriants tropiques, Raoul Maubusson, fils de colons français, raconte son histoire : « Je suis né tout en rondeur le 13 décembre 1927 à Fort-de-France… »
Déchirements de l’enfance et histoire d’amour fou, Raoul Maubusson vit avec Sylvie Roy-Ledoux une vie de désirs et de tourments. Tout les sépare, tant la peau que l’origine. Entre ces deux mondes, qui se rencontrent par hasard, monte un chant d’espérances avortées, une cantilène vorace, une incantation hallucinée dans la nuit des humains.

Les chants incomplets est une fable puissante, soutenue par une écriture fluide et riche, qui n’est pas sans rappeler les grands maîtres de la littérature caribéenne.

 

Mémoire d'encrier, 2013
138 pages
ISBN 9782897120818

 

A propos des Chants incomplets, lisez la chronique de Marie-Denise Grangenois
(23 septembre 2014)

L’enfance heureuse : quel mensonge !

La femme : un horizon, un souffle, une espérance ! Telles ont été mes pensées en refermant ce livre.

Miguel Duplan n’a que faire de l’indécence supposée des témoignages malheureux sur le temps de l’enfance. La figure centrale de son roman, Raoul Rabusson, n’a ni été un bébé épanoui, ni un enfant aimé et encore moins un adolescent écouté. Il n’a jamais été très beau. Au sortir de la petite enfance, il est déjà trop gros, trop grand, trop blanc dans un pays de Noirs. Raoul nous raconte sa vie, son malheur tellement banal en apparence, mais, très vite, sa narration enferme le lecteur dans un univers étouffant qui éveille des désirs de vengeance.
L’auteur maîtrise cette histoire difficile à dévoiler, car exigeant tant de transgressions. Les personnages sont cyniques, bouffis d’orgueil, trichent avec eux-mêmes et défendent bec et ongles leurs préjugés. Les moments les plus durs sont décrits à travers des phrases courtes qui ne laissent pas le temps d’une respiration.

Ce drame restitue une réalité de la société post-coloniale aux Antilles. Le malaise, c’est de découvrir que certaines situations sont encore d’actualité ; peut-être même le seront-elles toujours ! Mais soyons optimistes, car ce témoignage sombre prend son ancrage dans l’instinct de survie qui justifie la permanence d’un espoir de jour meilleur.
L’instinct de conservation de Raoul Rabusson se manifeste dans ce que l’on pourrait appeler une « résistance passive » face à son père alcoolique, amateur de jeunes filles expertes, face à sa mère dépressive qui soigne son spleen au propre comme au figuré avec le curé du village, face à sa marraine obsédée par son petit corps tout rond et ses fesses dodues.

Un seul être de lumière dans ce temps de l’enfance : Josette. La servante, femme de rédemption pour tous dans la chair et dans l’âme !

C’est elle le fil d’Ariane, c’est sa présence qui crée du sens. Se retrouve là une thématique chère à Miguel Duplan : le lien brisé entre la femme et l’homme dans les sociétés anciennement esclavagistes peut être reconstruit, la femme en sera l’architecte, il y va de la survie de ces sociétés1. Adulte, Raoul, nourri du souffle de Josette, va renaître, puis se perdre dans l’amour de Sylvie Roy-Ledoux, jeune négresse institutrice dans un petit village de ce début de XXe siècle aux Antilles françaises. Le dénouement du récit est extrêmement intéressant, car l’auteur sait saisir et mettre en exergue les freins que la réalité sociopolitique oppose au désir d’harmonie que les êtres expriment dans l’intimité de leur sexualité et de leurs sentiments.

Ce roman vient confirmer la qualité de cette nouvelle écriture caribéenne. Les thématiques bougent, la parole se métamorphose, le style propose un nouveau rythme, un lexique qui se démarque du mouvement de la créolité, même si l’on sent encore présents certains traits de cette approche littéraire qui a marqué ces dernières années les Antilles francophones.

1 Lire sur ce site la chronique sur le texte Un long silence de carnaval.

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